Le Phare de Québec: l’art de jeter son travail aux poubelles

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Le complexe Jules-Dallaire a été une des premières concrétisations de la densification du secteur du plateau de Sainte-Foy. Image: Iberville, CC BY-SA 4.0 (source)

En décembre 2012, le conseil municipal de Québec adoptait son plan particulier d’urbanisme (PPU) pour le secteur du Plateau de Ste-Foy. Il s’agissait d’un plan clair et ambitieux de développement et de densification d’un secteur de la ville qui est en pleine expansion. Ce plan est ressorti d’une démarche de consultation et de réflexion avec les citoyens et les différents experts du milieu.

À l’époque, on disait déjà que les hauteurs de construction permises étaient très élevées. Plusieurs citoyens du quartier ont fait valoir que l’arrivée de tels buildings allait avoir un impact important sur la vie de quartier. Si on peut mettre de côté cet esprit du « pas dans ma cour », on ne peut tout de même pas nier qu’un PPU permettant des constructions allant jusqu’à 110 mètres de haut n’était pas trop restrictif en termes de développement urbain et de densification.

Voici textuellement une des principales orientations du PPU que vous trouverez à la page 28 du plan, le gras étant de moi:

Faire du plateau centre de Sainte-Foy un lieu vivant où la qualité de vie prédomine […] en concevant les nouveaux aménagements et bâtiments dans le respect de l’échelle humaine et du confort climatique du domaine public.

Le PPU avait déjà réservé à l’espace de construction du Phare la hauteur maximale envisagée (110 mètres), tel qu’on peut le constater sur la figure de la page 34 du document. De plus, un ensemble d’autres endroits permettaient des bâtiments construits en hauteur, avec des limites variées mais inférieures à 92 mètres. Bref, le terrain dédié au Phare avait déjà une place réservée dans laquelle il se démarquerait de 20 mètres au dessus de tout le reste des bâtiments (quoique la hauteur de 110m a déjà été dépassée par la deuxième phase Complexe Jules-Dallaire).

Maintenant, la question fondamentale: pourquoi avoir produit en 2012 un plan particulier d’urbanisme pour ce secteur et s’être félicité de son adoption quand, trois ans plus tard, on allait en jeter tous les principes à la poubelle pour permettre à un promoteur de construire un bâtiment de 235 mètres (deux fois plus haut que la limite permise au PPU)?

Notez bien, je trouve que le projet est intéressant et plutôt beau. Je suis un des premiers partisans de la densification de la ville de Québec, en particulier de ce secteur stratégique. Si la région de la Capitale-Nationale a à se développer dans les prochaines années, ce sera à cet endroit qui fait le lien entre toutes les parties de la ville et, si la densification réussie, ce sera certainement une façon de réduire l’étalement urbain (ou de ne pas l’augmenter).

Il est cependant urgent que l’administration de la Ville et M. Labeaume en premier réalise qu’il est temps de se sortir de la logique de l’urbanisme par l’exception comme elle le fait depuis quelques années (ilôt Irving, rue Cartier, complexe Jules-Dallaire, etc.). Au lieu de regarder chaque projet à l’unité, il faut donner une vision claire et s’y tenir. De cette façon, on s’assure que la vision se réalisera et qu’elle ne sera pas brisée par des constructions déconnectées. De plus, on fixe les règles du jeu pour effacer les risques de favoritisme (pourquoi dire oui à ce projet mais non à d’autres?). Je voterai pour une administration qui mettra ses culottes et proposera cette vision claire.

Le vélo n’est pas une solution

L’urbanisme peut être défini de plusieurs façons. Je retiens cette définition pour les besoins de ce billet: l’urbanisme est l’action d’organiser les espaces urbains et les flux qui s’y retrouvent. La ville de Québec étant un espace urbain, il faut, pour en améliorer la qualité, réfléchir à son organisation et à la gestion de ses flux.

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Une preuve de mon point: entre novembre et avril (6 mois), les infrastructures sont si peu utilisées qu’il est préférables de les laisser pour d’autres usages. Image: Antoine Letarte

Souvent, lorsque je discute de cette question, on me dit que le vélo est un moyen de transport alternatif qui permet de réduire la quantité de voitures dans les rues. Pour moi, le vélo n’est pas un moyen de transport alternatif; du moins, pas à Québec et pas au même niveau que l’autobus (et le transport en commun en général) et le covoiturage.

Québec a deux caractéristiques importantes qui font son charme: elle est située sur un plateau donnant sur le fleuve et elle se couvre de plus de 300 cm de neige en moyenne annuellement. Si ces caractéristiques forment un atout au point de vue touristique, elles sont certainement un problème au niveau du transport.

En paraphrasant le maire Labeaume, je ne connais pas 100 personnes qui rêvent de monter la côte d’Abraham en vélo dans une tempête de neige. En fait, je ne connais pas 20 personnes qui accepteraient de faire du vélo quand il fait moins de 0°C. Certes, quelques irréductibles le font, mais de là à pouvoir généraliser la maxime, il y a une marge.

Au-delà de cela, le vélo est une activité physique assez exigeante qui demande beaucoup de gestion (stationnement, douches à l’arrivée, changement de linge, etc.). Il faut faire beaucoup d’efforts pour se rendre de Val-Bélair au centre-ville, par exemple.

À Québec, avec ces conditions météorologiques et topologiques, il n’est pas raisonnable d’affirmer que le vélo peut constituer une solution de rechange en matière de transport. Ce sera toujours une option marginale par rapport aux autres, adoptée par une poignée d’adeptes quand vient l’hiver. Bien sûr, l’argument n’est pas nécessairement valable à Los Angeles ou à Paris qui n’ont pas les même contraintes.

J’aimerais qu’on arrête de me dire que le vélo est une solution aux problèmes de transport à Québec (et plus généralement au Québec). Ce n’est pas une solution réellement praticable. Les vraies solutions se trouvent dans l’électrification des transports, dans la création de liens efficaces entre les villes et surtout dans la création de vrais réseaux de transports en commun. À Québec, ça passe aussi par une densification du centre-ville et une limitation de l’étalement urbain.

Maintenant, ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas fournir des solutions de transport efficaces et sécuritaires pour les cyclistes. Au contraire, il faut qu’ils sentent qu’il peuvent pratiquer leur activité dans des conditions optimales. Cependant, il faut traiter cette solution comme étant marginale et privilégier les vraies solutions quand vient le temps de penser urbanisme. Sur le boulevard René-Lévesque: une vraie voie réservée aux autobus avec un service efficace, ça c’est une solution. Un vélo-boulevard qui retire des voies de circulation, ce n’est pas une solution aux problèmes de déplacements.