Supposons que j’accepte l’argument

« Tout le monde doit faire sa part pour atteindre le déficit 0 en 2016. » Je paraphrase ici le discours général du gouvernement Couillard. Image: Asclepias, CC BY-SA 3.0, (source)

Le gouvernement de Philippe Couillard est parti sur le chemin de la guerre et, pour tester ses munitions, il a lancé durant tout l’automne des ballons à gauche et à droite pour mesurer les réactions. Garderies, santé, éducation, publications de vulgarisation scientifique, tout y passe et peut faire les frais de l’austérité. Pour justifier ces coupures, les différents ministres nous servent toujours la même médecine: il faut revenir à l’équilibre budgétaire le plus vite possible, en 2016.

« Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, a confirmé que les fonctionnaires devraient faire un effort dans l’intérêt de tous les Québécois. » lit-on sur ici.radio-canada. Supposons que j’accepte cet argument qui nous a été répété ad nauseam depuis cet été. Tout le monde, fonctionnaires et employés de l’État inclus, doit faire un effort pour atteindre le déficit zéro en 2016. Quelles sont les suites de cet argument?

Selon ma compréhension, cela signifie qu’il y aura une période d’austérité d’environ deux ans qui permettra d’atteindre cet objectif ambitieux. En rationalisant les dépenses et en encourageant l’économie, cela devrait permettre de voir le budget s’équilibrer. Mais, que se passera-t-il après? En supposant que les coûts sont contrôlés, que les sont tarifs liés à l’inflation et que le PIB en croissance, en 2017, 2018 et les suivantes, on sera en surplus budgétaires au gouvernement québécois.

Ma question est maintenant la suivante: si le principe d’indexation est valable pour les tarifs des services de l’État et que les employés de l’État acceptent de faire leur part pendant deux ans pour atteindre le déficit zéro, ne devraient-ils pas voir leur salaire lié à l’augmentation du coût de la vie par la suite?

Je rappelle ce que je disais dans un billet précédent: en accordant des augmentations de salaire inférieures à l’inflation, le gouvernement diminue le pouvoir d’achat de ses employés.

Or, qu’a présenté le ministre Coiteux hier? Une proposition de convention collective de cinq ans avec des augmentations de salaire qui seraient de respectivement 0%, 0%, 1%, 1% et 1%. En gros, sachant que l’inflation est contrôlée par la Banque du Canada à l’intérieur d’une fourchette centrée autour de 2%, il s’agit d’un perte de pouvoir d’achat d’environ 7% sur les 5 prochaines années.

Si les Libéraux étaient conséquents, ils auraient fait une vraie proposition aux employés de l’État. Une proposition qui aurait fait appel au sens du devoir des employés en gelant les salaires pour un an ou deux puis une proposition d’indexation du salaire avec léger bonus pour compenser les pertes subies dans les temps difficiles une fois l’objectif du déficit zéro atteint. Ceci étant dit, avec la proposition faite par le front commun des syndicats (4,5% par année pendant les trois prochaines années), il n’est pas impossible que la convention finale ressemble à ce que j’évoque ici.

Pour conclure, je dirai qu’en tant qu’employé de l’État, ce que je déplore c’est l’impression d’absence de bonne foi dans les discussions, d’un côté comme de l’autre. Les syndicats entrent en sachant qu’ils devront faire la grève tandis que le gouvernement ne craindra sûrement pas d’imposer un contrat de travail pour une troisième fois.

Inflation, quand tu nous tiens

Depuis quelques années, les gouvernements ont commencé à implanter dans nos esprits que les prix des services publics devaient suivre l’inflation. Services de garde, électricité, frais de scolarité; la logique est appliquée partout. Soit.

Indice des prix à la consommation dans les années 2000 en France. On calcule généralement l’inflation en déterminant la variation relative de cet indice entre deux années. Image: Pablo001, CC BY-SA 3.0 (source)

J’aimerais faire deux remarques au sujet de cette proposition.

Pour ce faire, j’utiliserai la définition très large suivante pour l’inflation: augmentation relative moyenne du coût des biens et services entre deux années.

Le serpent qui mange sa queue

Remarquons qu’avant d’implanter cette philosophie, le prix des services auxquels elle s’applique était généralement gelé ou faisait l’objet d’augmentations inférieures à l’inflation. Ainsi, dans la moyenne de l’augmentation des coûts des biens et services, ces produits à prix gelé tiraient cette moyenne vers le bas ( en ayant une augmentation de coût de 0%). En ajustant maintenant les prix en suivant l’inflation de l’an passé, ils augmentent l’inflation de cette année en tirant vers le haut. Le coût de la vie sera donc augmenté un petit peu plus l’an prochain puisque l’inflation aura été plus grande cette année.

Une drôlerie mathématique…

Il faut être conséquent

Une période de négociation des conventions collectives des employés de l’État est à nos portes. Si le gouvernement tient le discours que le prix des services publics doit augmenter au rythme de l’inflation, cela signifie que le salaire de ses employés doit augmenter aussi au rythme de l’inflation. Dans le cas contraire, le gouvernement serait en train de dire que la valeur de ses employés va éternellement à la baisse puisque l’augmentation de leur pouvoir d’achat ne suivrait pas la hausse du prix des produits.

Au cours des deux dernières conventions collectives décrétées par le pouvoir public, l’augmentation du salaire des employés a été systématiquement inférieure à l’inflation. Espérons que les bottines des négociateurs suivront les babines des politiciens qui prônent l’indexation….