Inflation, quand tu nous tiens

Depuis quelques années, les gouvernements ont commencé à implanter dans nos esprits que les prix des services publics devaient suivre l’inflation. Services de garde, électricité, frais de scolarité; la logique est appliquée partout. Soit.

Indice des prix à la consommation dans les années 2000 en France. On calcule généralement l’inflation en déterminant la variation relative de cet indice entre deux années. Image: Pablo001, CC BY-SA 3.0 (source)

J’aimerais faire deux remarques au sujet de cette proposition.

Pour ce faire, j’utiliserai la définition très large suivante pour l’inflation: augmentation relative moyenne du coût des biens et services entre deux années.

Le serpent qui mange sa queue

Remarquons qu’avant d’implanter cette philosophie, le prix des services auxquels elle s’applique était généralement gelé ou faisait l’objet d’augmentations inférieures à l’inflation. Ainsi, dans la moyenne de l’augmentation des coûts des biens et services, ces produits à prix gelé tiraient cette moyenne vers le bas ( en ayant une augmentation de coût de 0%). En ajustant maintenant les prix en suivant l’inflation de l’an passé, ils augmentent l’inflation de cette année en tirant vers le haut. Le coût de la vie sera donc augmenté un petit peu plus l’an prochain puisque l’inflation aura été plus grande cette année.

Une drôlerie mathématique…

Il faut être conséquent

Une période de négociation des conventions collectives des employés de l’État est à nos portes. Si le gouvernement tient le discours que le prix des services publics doit augmenter au rythme de l’inflation, cela signifie que le salaire de ses employés doit augmenter aussi au rythme de l’inflation. Dans le cas contraire, le gouvernement serait en train de dire que la valeur de ses employés va éternellement à la baisse puisque l’augmentation de leur pouvoir d’achat ne suivrait pas la hausse du prix des produits.

Au cours des deux dernières conventions collectives décrétées par le pouvoir public, l’augmentation du salaire des employés a été systématiquement inférieure à l’inflation. Espérons que les bottines des négociateurs suivront les babines des politiciens qui prônent l’indexation….

Saint-Roch, la police et la mort d’un homme

Depuis quelques jours, la ville de Québec est en ébullition suite à la mort d’un cycliste renversé par une voiture de police dans le quartier Saint-Roch. Cet événement d’une grande tristesse fait ressortir un aspect des médias sociaux que je n’aime pas: la tendance à poser des jugements rapides sur des situations qui méritent éclaircissement et réflexion.

Lorsque de telles situations se produisent, les médias sociaux partent en vrille. « j’pense que c’est assez évident, il s’est fait écrasé pas une mais deux fois!!!! », « j’espère qu’ils vont être congédiés » et autres jugements à l’emporte pièce volent dans tous les sens. Si on ne peut blâmer les gens d’être tristes et choqués, il faudrait quand même être prudent dans les affirmations de ce genre dans les heures qui suivent les événements.

J’espère que l’enquête faite par la Sûreté du Québec sera approfondie, transparente et crédible pour que la lumière soit faite sur les événements. Si c’est le cas, on pourra à ce moment poser un jugement sur ce qui s’est produit. Si les policiers ont mal agi et qu’on peut le démontrer, il faudra qu’ils en subissent les conséquences. Si la mort est accidentelle mais que les agissements des policiers ont nuit au déroulement des soins à prodiguer ou à l’enquête, il faudra aussi que ces agents soient blâmés au niveau professionnel et que les façons de faire soient changées. S’il s’agit d’un accident explicable, il faudra que le tout soit rendu public et qu’une réflexion soit entamée.

J’ai un gros malaise en voyant des gens tenir des pancartes disant « La police vole des vies » en réponse à cet événement. Parce que mon impression générale est plutôt inverse; au jour le jour, la police québécoise sauve des vies et fait respecter la loi. Peut-être que dans ce cas-ci, deux policiers ont causé la mort d’une personne, seul le temps nous permettra d’en juger. Cependant, cette situation n’est pas représentative, il me semble, de l’ensemble du travail des policiers.

J’aurais préféré que la vigile ait un message plus posé, en trois points:

1) La mort d’une personne dans la rue, sous les roues d’une voiture de police est une chose triste qui ne devrait jamais se produire. Compatissons avec tous ceux qui sont touchés par ce décès.

2) Il faut qu’une enquête rigoureuse, indépendante et transparente ait lieu pour expliquer les circonstances de ce décès.

3) Il faut que les policiers reçoivent un traitement conséquent aux conclusions de cette enquête.

Pour moi, une partie de ce qui se produit actuellement autour de cette affaire ressemble à un lynchage. Soyons collectivement plus posés. Laissons la chance à nos institutions de faire leur travail et partageons la tristesse avec ceux qui la vivent. Soyons aussi exigeants envers les personnes chargées de faire la lumière sur cette affaire. Si elles ne livrent pas la marchandise, nous pourrons demander des comptes à tête reposée. Dans tous les cas, souhaitons-nous la paix. Personne ne sortira gagnant en créant plus d’antagonisme entre la police et les citoyens à partir de cet événement.

Le vrai « vrai péché » du Dr Bolduc

Je lisais la chronique de Mario Asselin ce matin et je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que le « vrai péché » qu’il identifie n’est pas le bon. Lorsque Yves Bolduc dit qu’il ne voit pas de problème dans le fait que les commissions scolaires québécoises coupent dans l’achat de livres pour leurs bibliothèques pour atteindre les objectifs de coupes budgétaires, il ne pèche pas par excès d’honnêteté en disant tout haut ce que pensent les Québécois moyens. Son péché est de faire une mauvaise analyse des enjeux qui existent dans la société, des économies réelles engendrées par les mesures proposées et des valeurs auxquelles il s’attaque en faisant de telles déclarations.

La chose la plus vraie qui a été dite dans tout ce débat, ce n’est pas non plus celle qui est soulignéepar Mario Asselin dans son second billet sur le sujet. La plus grande vérité est venue de la bouche du premier ministre Couillard lorsqu’il a dit : « Je pense qu’il y a d’autres choix à faire pour les commissions scolaires avant de toucher aux livres ».

Remarquons que les barres bleues sont beaucoup plus petites que les barres rouges qui leur sont associées...
Remarquons que les barres bleues sont beaucoup plus petites que les barres rouges qui leur sont associées…

J’ai regardé le budget de deux commissions scolaires pour répondre à une question qui m’a turlupiné toute la journée hier : quelle est la part du budget des commissions scolaires qui est allouée à l’achat de livres pour leurs bibliothèques. Je ne sais pas si ces deux commissions scolaires sont représentatives de l’ensemble du Québec, mais observons tout de même. À la Commission scolaire des Phares autour de Rimouski, en 2013-2014, 168 407 $ ont été dépensés dans les fournitures et matériel pour les bibliothèques (j’imagine que c’est là qu’on range l’achat de livres). Le budget de cette commission scolaire pour 2013-2014 : 112 494 589 $. Il s’agit donc de 0,15 % du budget annuel de l’organisation. À la Commission scolaire des Découvreurs à Québec, 42 840 $ figurent dans les coûts liés aux bibliothèques, excluant les salaires, sur un budget de 142 548 227 $. 0,03 % de leurs dépenses.

Bref, l’argent alloué à l’achat de matériel, si ces informations sont justes et détaillent effectivement l’achat de livres, est une part si marginale du budget des commissions scolaires que même leur coupe complète ne change absolument rien à l’état général des finances.

Dire qu’il est correct de couper dans l’achat de livres pour les bibliothèques de nos écoles pour éponger un déficit, c’est encourager les commissions scolaires à faire des économies de bout de chandelle dans des domaines qui ont une forte valeur ajoutée. La lecture est un élément essentiel de l’éducation et l’accès facile aux livres est une nécessité pour atteindre l’objectif de faire lire nos jeunes.

M. Bolduc aurait dû être plus intelligent. Il avait le devoir de répondre ce que le premier ministre a été obligé de dire pour venir éteindre le feu. Les organisations doivent chercher à réduire les dépenses, mais se doivent de faire des choix intelligents. Réduire l’accès aux livres n’en est pas un. Cependant, comme le souligne Asselin dans son texte, lier les bibliothèques scolaires aux bibliothèques municipales pour en rendre les services plus efficaces en serait un plutôt pertinent.

Mettre ses culottes pour assurer la qualité du système scolaire québécois

La rentrée aura bientôt lieu au Cégep Limoilou. Image: Pierre-Paul Beaumont, CC BY 2.0

Septembre arrive et la rentrée dans les écoles a généralement pour effet de redémarrer des débats autour des enjeux touchant le système d’éducation québécois. Aujourd’hui, ce sont les restrictions budgétaires dans les commissions scolaires et leurs dommages collatéraux qui font la manchette.

De mon côté, la rentrée est un moment de reconnexion et de rencontre avec les étudiants. Comme enseignant au niveau collégial, la fin août représente un moment de réflexion sur la session qui vient. Chaque année, un constat me revient et me choque. Comment se fait-il que je reçoive dans ma classe de cégep chaque mois d’août des étudiants qui peinent à lire, écrire et compter?

Peut-être ne le croirez-vous pas, mais je peux vous garantir qu’une partie importante de mes étudiants peine dans une ou plusieurs de ces trois sphères essentielles à la poursuite d’études postsecondaires. C’est consternant. J’ai vu des étudiants qui ne connaissaient pas leur table de multiplication. J’ai devant moi des étudiants qui ne savent pas lire des nombres à plus de 4 chiffres. Je corrige des copies d’examen de mathématique dans lesquelles je peine à lire une phrase sans faute, alors qu’il suffit généralement de reformuler les mots déjà écrits dans la question.

Chaque année, je suis ahuri par la faible capacité de mes étudiants dans les habiletés de base que forment la lecture, l’écriture et le calcul. À mon avis, c’est dû à un échec de notre système scolaire. Si poussés dans la direction de la diplomation à tout prix et l’implantation d’une réforme dont peu voulaient, on a oublié que l’essentiel de l’école ce n’était pas d’avoir une nation de diplômés illettrés, mais bien une société de personnes lettrées capables de prendre part à la société de l’information dans laquelle nous vivons.

Devant ce problème, quelle est la solution? Il faut que le ministère de l’Éducation mette ses culottes et délivre des diplômes d’éducation secondaire seulement aux personnes qui ont maîtrisé la lecture, l’écriture et le calcul. Pour ce faire, il faut créer un système scolaire dans lequel ce n’est pas l’âge de l’enfant qui détermine ce qu’il apprend, mais bien le niveau qu’il a atteint. Inutile d’apprendre l’algèbre à un enfant qui n’opère pas bien sûr le nombre, il ne réussira jamais à consolider ce savoir. Pire encore, il ne faut pas le faire passer à autre chose parce qu’il est trop vieux pour être en secondaire 2.

Il faut organiser les classes pour que les étudiants travaillent sur des choses à leur niveau et s’assurer qu’ils maîtrisent ces concepts avant de les faire passer au niveau suivant. Le diplôme d’études secondaires devrait être une garantie que l’étudiant qui le possède sait lire, écrire et compter. Une fois que cela sera assuré, les enseignements de niveau postsecondaire que je ferai auront un sens pour mes étudiants.

Le(s) problème(s) dans l’affaire Bolduc

Pour se défendre, Yves Bolduc a dit qu’il ne pouvait pas savoir qu’il y aurait des élections aussi vite et qu’il ne pourrait pas faire le suivi de ses patients. Rappelons que les gouvernements minoritaires durent rarement plus de deux ans au Canada et que son parti est responsable de la chute du gouvernement. Image: l’Assemblée nationale où siègent les députés. Crédit: Assembléetest (CC BY-SA 3.0) (source)

Ces derniers jours, une affaire politique a pris une certaine importance : l’affaire Bolduc. Résumons rapidement l’histoire. Il a été révélé que M. Bolduc a reçu une prime du gouvernement de plus de 200 000$ pour avoir pris en suivi 1500 nouveaux patients alors qu’il siégeait comme député de l’opposition à l’Assemblée nationale.

Lorsqu’on parle de cette histoire, chaque personne semble y voir une problématique différente. Certains sont choqués par la taille importante de la prime que le nouveau ministre de l’Éducation a reçue. D’autres soulèvent le fait que maintenant qu’il a obtenu un nouveau poste de ministre, il lâchera sa pratique et ne fera pas le suivi de ces patients qui devront se trouver un nouveau médecin. On pourrait aussi soulever le fait que même en accordant seulement 30 minutes par année à chacun de ces nouveaux patients, il s’agirait s’ajouter à sa tâche de député de l’opposition et au travail qu’il faisait déjà comme médecin presque 20 nouvelles semaines de travail de 40 heures. Un conflit d’intérêts semble aussi exister puisque le docteur Bolduc, en obtenant cette prime, jouit d’un avantage qu’il avait lui-même mis en place quelque temps avant alors qu’il agissait à titre de ministre de la Santé. Tous ces aspects sont effectivement problématiques et pourraient remplir chacun un billet de ce blogue.

De mon côté, l’aspect qui m’apparaît le plus choquant dans cette histoire est la dévalorisation du travail d’un député qu’apportent ces agissements. En effet, les députés de l’Assemblée nationale reçoivent un salaire enviable pour faire un travail essentiel à la vie démocratique québécoise. Qu’il soit membre de l’opposition ou du gouvernement, le député doit être présent en chambre pour participer aux débats et aux votes. Il doit aussi faire son travail de parlementaire en procédant à la lecture et à la compréhension des différentes mesures sur lesquelles il doit se prononcer. Il doit visiter sa circonscription pour en comprendre les enjeux et en connaître les habitants. Il participe aussi aux activités partisanes de sa formation politique. Bref, je suis plutôt sûr que le travail de député est amplement suffisant pour remplir une semaine.

Quand M. Bolduc prend 1500 nouveaux patients pendant qu’il est renvoyé à l’opposition par les citoyens du Québec par un vote, ça me donne l’impression qu’il ne donne pas beaucoup de valeur à son rôle de député et que la priorité est surtout donnée à faire fleurir sa clientèle dans le domaine médical. Si le Docteur Bolduc préfère pratiquer la médecine plutôt que d’être dans l’opposition, libre à lui de le faire. Cependant, il aurait dû quitter sa chaise au parlement pour la laisser à quelqu’un qui veut réellement la remplir.

Personnellement, je pense que ces actes sont indignes de la fonction de député et j’espère que les électeurs du comté de Jean-Talon y réfléchiront à deux fois avant de réélire le Docteur Bolduc dans sa fonction puisqu’il semble qu’ils ne soient pas la priorité de leur député.

Et vous, quel est votre problème principal dans ce Bolducgate? Partagez le dans les commentaires.

Note: on peut lire Denis Vaugeois, ancien député et ministre péquiste, sur le sujet ici: http://www.ledevoir.com/politique/quebec/413482/l-affaire-bolduc-et-le-travail-de-depute 

Poing en l’air ou point de chute?

L’arrivée de PKP au PQ dans la dernière campagne électorale était un coup de génie sur papier. Dans les faits, tout le monde semble s’entendre pour dire que c’est une des causes de la défaite du parti. Comment ont-ils pu gaspiller une si belle opportunité?

Rallier PKP à la cause souverainiste (ou du moins le faire sortir du placard), c’était accomplir tellement de choses en même temps. C’était une façon de démontrer la fonctionnalité de la coalition de tous horizons pour la souveraineté. C’était un candidat intéressant pour parler de croissance économique et d’emploi. C’était un autre sujet sur lequel développer à part la charte des valeurs québécoises. C’était une façon de donner une raison de revenir aux souverainistes mous (dit ici sans méchanceté) de droite qui avait probablement quitté le parti pour supporter la CAQ. C’était aussi une occasion de proposer aux Québécois qui en majorité refusent l’idée de la souveraineté ou d’un référendum l’option dite du « bon gouvernement ».

Proposer l’option du « bon gouvernment », c’était la seule stratégie gagnante pour le PQ, dans l’état actuel des choses. Obtenir 4 ans de sursis pour préparer une vraie stratégie pour la souveraineté (son livre blanc), démontrer aux Québécois que le parti Québécois est un meilleur gouvernement que celui du parti Libéral et laisser la chance à la commission Charbonneau d’affaiblir l’adversaire.

À la place, le PQ a fait une activité d’improvisation publique et a lancé PKP dans l’arène sans aucune préparation. Il s’est présenté devant tout le monde, a brandi le poing pour la souveraineté et n’est plus réapparu par la suite, à part pour danser sur le cadavre de madame Marois le soir de la défaite. En plus, en termes d’orateur, PKP n’est pas le plus convaincant. Il aurait gagné à être coaché avant le lancement des élections. On l’a brûlé.

Comment Pauline Marois pouvait-elle parler d’autre chose que de la souveraineté pendant la campagne? Image: Simon Villeneuve, CC BY-SA 3.0 (source)

Comment Pauline Marois pouvait-elle se présenter aux débats des chefs pour dire « qu’il n’y aura pas de référendum tant que les Québécois ne seront pas prêts » quand derrière elle, on brandissait le poing de la guerre? Comment pouvait-elle parler d’économie quand son principal atout sur le sujet était occupé à se défendre sur la souveraineté et elle sur la monnaie et les frontières du futur Québec indépendant?

Pierre-Karl Péladeau était une façon de dire au Québec que le parti Québécois n’hésiterait pas à faire le nécessaire pour améliorer la situation économique du Québec. Qu’ils travailleraient d’arrache-pied pour que les entreprises d’ici puissent se développer pleinement. On l’a plutôt laissé se présenter comme un souverainiste bagarreur, une sorte de souverainisme dont les Québécois ne veulent pas entendre parler aujourd’hui. Chance ratée.

Respecter le drapeau

Le drapeau du Québec flottant à l’Assemblée Nationale. Image: Antoine Letarte, CC BY 3.0 (source)

(Ce billet à été mis à jour après sa publication, voir note dans le texte)

Dans mes étés de jeunesse, mes parents m’ont envoyé dans un camp de vacances dans le Vermont, aux États-Unis. Chaque matin et chaque soir, tous les enfants du camp se réunissaient autour du mât pour hisser et descendre le drapeau américain. Lorsqu’il ne flottait pas, il devait être plié d’une manière particulière. Comme enfant canadien, on me proposait de ne pas toucher au drapeau.

En gros, il existe une culture du respect pour le drapeau chez les Américains qui n’existe pas au Québec et je le déplore. Le fleurdelisé et l’unifolié sont des symboles importants représentant les nations auxquelles nous appartenons (peut importe nos vues sur les questions nationales). Si on choisit de les faire battre le vent chez soi, il faut s’assurer de le faire dans le respect du symbole. En particulier, cela signifie de ne jamais laisser flotter un drapeau usé, décoloré ou sale.

Qu’un individu présente un drapeau brisé est une chose. Qu’une institution publique laisse des drapeaux brisés flotter devant chez elle est à mon avis totalement intolérable. Tous les bâtiments gouvernementaux portent un drapeau et celui-ci devrait toujours être impeccable.

Dernièrement, je passais près de la promenade Samuel-de-Champlain au bord du fleuve et j’ai vu, à l’intersection de la côte de Sillery et du boulevard Champlain, que les trois drapeaux canadien, québécois et municipal étaient très usés. Deux d’entre eux étaient même si effilochés qu’une partie du drapeau manquait. Deux fleurs de lys au drapeau du Québec avaient disparu. Dans un endroit qui est une porte de la ville de Québec, un symbole de la fête du 400e anniversaire sa fondation, un lieu hautement fréquenté par les touristes et les citoyens de la ville, cela me paraît tout simplement gênant [note 1].

Je ne suis pas en train de dire que nous devons faire comme les Américains et retirer chaque jour le drapeau de son mât. Cependant, j’enjoins chaque personne qui possède un drapeau national ou qui est responsable d’une institution où on en retrouve un de s’assurer que ce drapeau soit en bon état et remplacé promptement en cas de bris.

Non seulement un drapeau usé est laid, c’est un signe de non-respect de ce qu’il représente de le laisser flotter lorsqu’il est brisé. Citoyens, aimez votre drapeau!


[Note 1] Suite à la publication de ce billet, j’ai reçu par M. Paul Shoiry, conseiller municipal du district Saint-Louis—Sillery, la confirmation que les drapeaux de la promenade Samuel-de-Champlain avaient été changés. Je le remercie pour son écoute et pour son action. Je souligne par la même occasion que mes quelques interactions avec les politiciens de la ville de Québec, tous partis confondus, ont toujours été très courtoises et positives et ont mené à des actions concrètes. Ainsi, n’hésitez pas à contacter votre conseiller pour lui faire part des choses qui vous tiennent à cœur, il sera fort probablement à l’écoute.

Précisions sur le blogue

Dans mon dernier billet, j’évoque l’idée de nationaliser Internet. C’est une idée audacieuse et peut-être irréaliste. Une personne me proposait, par message privé, de compléter mon texte en ajoutant que je ne suis pas en mesure d’évaluer la portée économique d’une telle mesure et de la juger sur cet aspect. Cette personne a tout à fait raison.

Cela m’amène à faire quelques précisions sur l’objet de ce blogue. D’abord, l’objectif est de présenter des idées, des réflexions, des observations sur le monde politique dans lequel j’évolue. Loin de moi la prétention de penser que je peux faire le travail d’un gouvernement ou d’une municipalité. En tant que citoyen actif, mon rôle est d’exprimer le clairement possible les orientations que j’aimerais voir prises dans la société et espérer que des personnes capables d’en juger et de les mettre en action adoptent ces points de vue. Le jour où je voudrai mettre moi-même les choses en action, je me présenterai en politique.

Cette perspective individuelle de commentateur et d’idéateur peut m’amener à ne pas être réaliste ou à me laisser emporter par l’optimisme d’une nouvelle idée. S’il-vous-plaît, ne m’en tenez pas rigueur. De grâce, corrigez-moi lorsque j’erre.

Aussi, je me suis fixé une limite assez contraignante dans ce blogue. Arbitrairement, j’ai choisi de me limiter à des billets de 500 mots. À date, tous mes billets étaient à moins de 5 mots de cette limite et j’aurais eu envie d’en dire bien plus. Ainsi, je dois et je devrai parfois faire l’économie de quelques explications ou un raccourci pour passer d’une idée à l’autre. Si c’est le cas, vous pourrez soulever ces raccourcis ou souligner les points qui auraient pu être mieux expliqués dans la section « commentaires » des billets. J’essaierai d’y répondre le plus clairement possible.

C’est vraiment un plaisir de discuter avec vous, de vous proposer mes réflexions et de voir qu’elles soulèvent en vous l’envie de participer au débat public. Continuez!

Nationalisons Internet!

Internet est déjà disponible publiquement dans plusieurs endroits. Pourquoi ne pas en faire un service public? Image: Larry D. Moore CC BY-SA 3.0 (source)

Je suis abonné depuis quelques années à un service de téléphonie cellulaire qui me donne droit à un gigaoctet de données transférées par mois pour environ 50 $. Je paie aussi un service internet à domicile qui me coûte aussi 50 $ par mois. Bref, pour être connecté à Internet, je dois payer environ 100 $ par mois. Selon ce site, environ 90 % des Québécois utilisent Internet, dont 79,3 % dans la semaine précédant l’étude (donc probablement au moins une fois par semaine).

D’autre part, encore tout dernièrement au moins, des régions du Québec peinaient à avoir accès à Internet haute-vitesse et à des réseaux cellulaires. Ce problème est un frein au développement économique de ces régions qui auraient tout à gagner de pouvoir compter sur des services permettant le travail à distance et la connexion avec le monde.

En ce moment, quelques groupes commerciaux se séparent la distribution de l’accès à Internet et de la téléphonie cellulaire dont Bell, Telus et Vidéotron. Ils doivent donc bâtir des réseaux de distribution parallèles et garantir le service partout sur le territoire de la province. Cela a un fort coût.

Voici mon idée folle que vous devinez à la lecture de mon titre. Pourquoi le Québec (ou le Canada, puisqu’il a compétence sur les télécommunications) ne nationaliserait-il pas l’accès au réseau Internet à domicile et par mobile et sa distribution? J’y vois plusieurs avantages. D’abord, il serait plus facile d’offrir du service partout en province. En construisant un seul réseau, on diminue les coûts et on peut se permettre de supporter des infrastructures moins utilisées pour « le bien public » (par exemple en Gaspésie). Ensuite, je fais plus confiance au gouvernement pour me donner un accès fiable et non-partisan à Internet. Aussi, on pourrait ainsi donner des avantages commerciaux à des compagnies étrangères pour qu’elles viennent s’installer ici et créer de l’emploi. Un peu comme on le fait avec l’électricité. Les centres de données semblent être un commerce du futur qui est intéressé à notre territoire. En leur offrant les infrastructures d’accès à Internet et l’électricité à taux avantageux, on pourrait en devenir la capitale.

L’accès à Internet est presque une nécessité dans le monde d’aujourd’hui. Bientôt, on paiera toutes les factures et fera toutes les transactions bancaires par Internet. La distribution du courrier et des factures se fera probablement bientôt uniquement par courriel. De plus, toutes nos communications et notre commerce dépendent de la capacité de nos industries à communiquer rapidement par ce moyen. Pourquoi ne pas faire comme avec le réseau électrique et se donner les moyens de réussir dans ce domaine? Pourquoi ne pas posséder collectivement les infrastructures d’accès plutôt que d’être à la remorque de compagnies visant le profit de leurs actionnaires?

Imaginez un Québec (ou un Canada) dans lequel on aurait accès partout à Internet facilement. Imaginez cet espace où les entreprises pourraient innover facilement et s’installer n’importe où sur le territoire. Certes, il y aura des obstacles, mais je pense que le jeu en vaudrait la chandelle.

Le vélo n’est pas une solution

L’urbanisme peut être défini de plusieurs façons. Je retiens cette définition pour les besoins de ce billet: l’urbanisme est l’action d’organiser les espaces urbains et les flux qui s’y retrouvent. La ville de Québec étant un espace urbain, il faut, pour en améliorer la qualité, réfléchir à son organisation et à la gestion de ses flux.

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Une preuve de mon point: entre novembre et avril (6 mois), les infrastructures sont si peu utilisées qu’il est préférables de les laisser pour d’autres usages. Image: Antoine Letarte

Souvent, lorsque je discute de cette question, on me dit que le vélo est un moyen de transport alternatif qui permet de réduire la quantité de voitures dans les rues. Pour moi, le vélo n’est pas un moyen de transport alternatif; du moins, pas à Québec et pas au même niveau que l’autobus (et le transport en commun en général) et le covoiturage.

Québec a deux caractéristiques importantes qui font son charme: elle est située sur un plateau donnant sur le fleuve et elle se couvre de plus de 300 cm de neige en moyenne annuellement. Si ces caractéristiques forment un atout au point de vue touristique, elles sont certainement un problème au niveau du transport.

En paraphrasant le maire Labeaume, je ne connais pas 100 personnes qui rêvent de monter la côte d’Abraham en vélo dans une tempête de neige. En fait, je ne connais pas 20 personnes qui accepteraient de faire du vélo quand il fait moins de 0°C. Certes, quelques irréductibles le font, mais de là à pouvoir généraliser la maxime, il y a une marge.

Au-delà de cela, le vélo est une activité physique assez exigeante qui demande beaucoup de gestion (stationnement, douches à l’arrivée, changement de linge, etc.). Il faut faire beaucoup d’efforts pour se rendre de Val-Bélair au centre-ville, par exemple.

À Québec, avec ces conditions météorologiques et topologiques, il n’est pas raisonnable d’affirmer que le vélo peut constituer une solution de rechange en matière de transport. Ce sera toujours une option marginale par rapport aux autres, adoptée par une poignée d’adeptes quand vient l’hiver. Bien sûr, l’argument n’est pas nécessairement valable à Los Angeles ou à Paris qui n’ont pas les même contraintes.

J’aimerais qu’on arrête de me dire que le vélo est une solution aux problèmes de transport à Québec (et plus généralement au Québec). Ce n’est pas une solution réellement praticable. Les vraies solutions se trouvent dans l’électrification des transports, dans la création de liens efficaces entre les villes et surtout dans la création de vrais réseaux de transports en commun. À Québec, ça passe aussi par une densification du centre-ville et une limitation de l’étalement urbain.

Maintenant, ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas fournir des solutions de transport efficaces et sécuritaires pour les cyclistes. Au contraire, il faut qu’ils sentent qu’il peuvent pratiquer leur activité dans des conditions optimales. Cependant, il faut traiter cette solution comme étant marginale et privilégier les vraies solutions quand vient le temps de penser urbanisme. Sur le boulevard René-Lévesque: une vraie voie réservée aux autobus avec un service efficace, ça c’est une solution. Un vélo-boulevard qui retire des voies de circulation, ce n’est pas une solution aux problèmes de déplacements.