Les raisons de la souveraineté

En lisant Mathieu Bock-Côté ce matin, je n’ai pu que me replonger dans ma théorie politique personnelle très simple mais qui me paraît raisonnable à propos de la souveraineté. En gros, il existe deux raisons fondamentales ou moments importants pendant lesquels un peuple peut avoir envie d’obtenir sa souveraineté: soit il est fâché contre le pouvoir central, soit il va si bien qu’il se pense capable de vivre sans ce pouvoir central.

Si on regarde l’histoire nationale québécoise, on voit, à mon humble avis, des moments où les Québécois (ou les Canadiens-français, avant) étaient dans une ou l’autre de ces situations et cela a mené à des mouvements nationalistes importants.

L’assemblée nationale à Québec, le siège du gouvernement québécois. Crédit photo: Tony Webster, CC BY 2.0 (source)

Dans les années 60 et 70, le Québec a pris une expansion sans précédent et l’appareil gouvernemental ayant siège à Québec a pris la place des pouvoirs religieux ou anglais qui menaient encore la province. Forts de cette liberté et de ce sentiment de puissance, un mouvement souverainiste s’est dessiné pour libérer la nation québécoise des contraintes fédérales et lui permettre d’être « maître chez lui ». C’est ce sentiment, entre autre, qui a mené à l’élection du Parti Québécois et au référendum de 1980.

Dans les années 1980 et 1990, suite au rapatriement unilatéral de la constitution par le gouvernement Trudeau et à l’échec de la tentative de Mulroney pour faire signer la constitution au Québec dans la confiance et l’enthousiasme dans les négociations de l’accord du lac Meech, les Québécois (du moins une partie) se sont sentis rejetés par le Canada et un vent de colère s’est levé partout dans la province. Même à travers le gouvernement libéral de Robert Bourassa, on voyait des députés parler ouvertement de l’option de la souveraineté. C’est le sentiment de colère qui a mené au référendum de 1995.

Or, aujourd’hui, nous ne sommes dans aucune de ces deux situations. Économiquement et socialement, le Québec semble être un peu stagnant. Il ne se développe pas particulièrement, ne prend pas une place importante sur la scène nationale ou internationale, du moins pas assez pour créer l’enthousiasme et la confiance nécessaire pour se lancer dans une démarche d’indépendance. C’est d’ailleurs ce que disait François Legault à l’époque où il a créé la CAQ: [je paraphrase] « Je veux arrêter de parler de la question nationale pour parler économie. Quand le Québec aura réglé son problème de dette et relancé son économie, ce que je me propose de faire, mes enfants pourront prendre une décision intelligente sur la question nationale. » C’était un discours intéressant, à mon avis. Et, fondamentalement, les Québécois ne sont pas fâchés contre le gouvernement fédéral. Les pouvoirs conservateur fédéral et libéral québécois ont fait bien attention de ne pas se lancer dans de grandes batailles, ni de se donner des ambitions sur le plan constitutionnel et il en a résulté l’apathie, une question mise sur le neutre.

Si les partis souverainistes veulent revenir à l’avant-scène, il doit exister une de ces situations: une bataille avec le pouvoir fédéral ou un retour à la vitalité économique et sociale du Québec. La première est peu probable et la seconde prendra probablement une génération; c’est probablement le temps qu’il faudra attendre avant que ces partis redeviennent pertinents.

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La mort pour ça, vraiment?

Ce matin, à force d’écouter des émissions de nouvelles, un lien étrange mais qui me paraît maintenant intéressant me vient entre deux nouvelles. D’abord, en France, la situation est presque catastrophique. Au moment où j’écris ceci, deux prises d’otages sont en cours et déjà presque vingt personnes sont mortes dans les suites de la tuerie dans les bureaux du journal Charlie Hebdo. Parallèlement, mon poste local de nouvelles me rapporte qu’une enquête est ouverte concernant une lettre de menaces de mort envoyée au maire de Lévis. Selon ce que j’ai entendu, un citoyen mécontent des changements de noms de rues dans la ville a envoyé une lettre anonyme contenant des insultes et des menaces.

Si je fais le lien entre ces événements, c’est parce que la source du problème dans les deux cas me paraît plutôt mineure par rapport à l’ampleur des actions qui en ont résulté.

À Lévis, comment une personne peut-elle passer d’un sentiment de mécontentement face à des changements de noms de rues à l’action d’envoyer une lettre de menaces de mort à un élu. Si nos politiciens ne sont pas toujours parfaits, il me semble que menacer leur intégrité physique est tout à fait inacceptable. Mais le faire pour une question aussi banale me « flabbergaste ».

Dans le cas de Charlie Hebdo, on peut supposer que ces événements se produisent parce que le journal s’en est pris plusieurs fois à l’idéologie musulmane en publiant, entre autres, des caricatures du prophète Mahomet. Si je comprends bien, il est interdit de publier l’image du prophète dans cette religion et cela justifierait, dans la tête des personnes qui ont posé ces gestes, de s’en prendre aux personnes et institutions qui les ont fait paraître dans leurs journaux. Ça me semble un peu excessif comme réaction. Si, en tant que membre d’une religion, on peut déplorer le fait que des personnes ne respectent pas les principes de notre foi, comment peut-on penser que cela mérite la mort?

L’action publique et politique pour dénoncer des problèmes est une force fondamentale du progrès social. Quand on est en désaccord avec les actions d’un acteur de la société, on peut utiliser différents moyens pour exprimer ce désaccord et faire changer les choses. Toutes sortes de tribunes sont disponibles pour le faire.

Cependant, menacer de mort ou tuer les personnes qui vont à l’encontre de nos principes ne fait que cristalliser les choses et envenimer le climat. Malheureusement, on peut douter que les meurtres commis en France amèneront une meilleure entente entre l’Occident et les musulmans. Au contraire, dès hier, des journaux ont pris la peine de publier les caricatures de Charlie Hebdo pour souligner l’élargissement du fossé. Le message envoyé est clair : « La liberté de presse est plus importante que vos principes religieux dans notre sphère publique ».

Ne soyons pas guerriers; que ce soit pour faire passer un message politique ou en réaction à des actions barbares, utilisons correctement notre voix et les forums opportuns pour faire avancer la paix et la compréhension.

 

Inflation, quand tu nous tiens

Depuis quelques années, les gouvernements ont commencé à implanter dans nos esprits que les prix des services publics devaient suivre l’inflation. Services de garde, électricité, frais de scolarité; la logique est appliquée partout. Soit.

Indice des prix à la consommation dans les années 2000 en France. On calcule généralement l’inflation en déterminant la variation relative de cet indice entre deux années. Image: Pablo001, CC BY-SA 3.0 (source)

J’aimerais faire deux remarques au sujet de cette proposition.

Pour ce faire, j’utiliserai la définition très large suivante pour l’inflation: augmentation relative moyenne du coût des biens et services entre deux années.

Le serpent qui mange sa queue

Remarquons qu’avant d’implanter cette philosophie, le prix des services auxquels elle s’applique était généralement gelé ou faisait l’objet d’augmentations inférieures à l’inflation. Ainsi, dans la moyenne de l’augmentation des coûts des biens et services, ces produits à prix gelé tiraient cette moyenne vers le bas ( en ayant une augmentation de coût de 0%). En ajustant maintenant les prix en suivant l’inflation de l’an passé, ils augmentent l’inflation de cette année en tirant vers le haut. Le coût de la vie sera donc augmenté un petit peu plus l’an prochain puisque l’inflation aura été plus grande cette année.

Une drôlerie mathématique…

Il faut être conséquent

Une période de négociation des conventions collectives des employés de l’État est à nos portes. Si le gouvernement tient le discours que le prix des services publics doit augmenter au rythme de l’inflation, cela signifie que le salaire de ses employés doit augmenter aussi au rythme de l’inflation. Dans le cas contraire, le gouvernement serait en train de dire que la valeur de ses employés va éternellement à la baisse puisque l’augmentation de leur pouvoir d’achat ne suivrait pas la hausse du prix des produits.

Au cours des deux dernières conventions collectives décrétées par le pouvoir public, l’augmentation du salaire des employés a été systématiquement inférieure à l’inflation. Espérons que les bottines des négociateurs suivront les babines des politiciens qui prônent l’indexation….

Mettre ses culottes pour assurer la qualité du système scolaire québécois

La rentrée aura bientôt lieu au Cégep Limoilou. Image: Pierre-Paul Beaumont, CC BY 2.0

Septembre arrive et la rentrée dans les écoles a généralement pour effet de redémarrer des débats autour des enjeux touchant le système d’éducation québécois. Aujourd’hui, ce sont les restrictions budgétaires dans les commissions scolaires et leurs dommages collatéraux qui font la manchette.

De mon côté, la rentrée est un moment de reconnexion et de rencontre avec les étudiants. Comme enseignant au niveau collégial, la fin août représente un moment de réflexion sur la session qui vient. Chaque année, un constat me revient et me choque. Comment se fait-il que je reçoive dans ma classe de cégep chaque mois d’août des étudiants qui peinent à lire, écrire et compter?

Peut-être ne le croirez-vous pas, mais je peux vous garantir qu’une partie importante de mes étudiants peine dans une ou plusieurs de ces trois sphères essentielles à la poursuite d’études postsecondaires. C’est consternant. J’ai vu des étudiants qui ne connaissaient pas leur table de multiplication. J’ai devant moi des étudiants qui ne savent pas lire des nombres à plus de 4 chiffres. Je corrige des copies d’examen de mathématique dans lesquelles je peine à lire une phrase sans faute, alors qu’il suffit généralement de reformuler les mots déjà écrits dans la question.

Chaque année, je suis ahuri par la faible capacité de mes étudiants dans les habiletés de base que forment la lecture, l’écriture et le calcul. À mon avis, c’est dû à un échec de notre système scolaire. Si poussés dans la direction de la diplomation à tout prix et l’implantation d’une réforme dont peu voulaient, on a oublié que l’essentiel de l’école ce n’était pas d’avoir une nation de diplômés illettrés, mais bien une société de personnes lettrées capables de prendre part à la société de l’information dans laquelle nous vivons.

Devant ce problème, quelle est la solution? Il faut que le ministère de l’Éducation mette ses culottes et délivre des diplômes d’éducation secondaire seulement aux personnes qui ont maîtrisé la lecture, l’écriture et le calcul. Pour ce faire, il faut créer un système scolaire dans lequel ce n’est pas l’âge de l’enfant qui détermine ce qu’il apprend, mais bien le niveau qu’il a atteint. Inutile d’apprendre l’algèbre à un enfant qui n’opère pas bien sûr le nombre, il ne réussira jamais à consolider ce savoir. Pire encore, il ne faut pas le faire passer à autre chose parce qu’il est trop vieux pour être en secondaire 2.

Il faut organiser les classes pour que les étudiants travaillent sur des choses à leur niveau et s’assurer qu’ils maîtrisent ces concepts avant de les faire passer au niveau suivant. Le diplôme d’études secondaires devrait être une garantie que l’étudiant qui le possède sait lire, écrire et compter. Une fois que cela sera assuré, les enseignements de niveau postsecondaire que je ferai auront un sens pour mes étudiants.

Précisions sur le blogue

Dans mon dernier billet, j’évoque l’idée de nationaliser Internet. C’est une idée audacieuse et peut-être irréaliste. Une personne me proposait, par message privé, de compléter mon texte en ajoutant que je ne suis pas en mesure d’évaluer la portée économique d’une telle mesure et de la juger sur cet aspect. Cette personne a tout à fait raison.

Cela m’amène à faire quelques précisions sur l’objet de ce blogue. D’abord, l’objectif est de présenter des idées, des réflexions, des observations sur le monde politique dans lequel j’évolue. Loin de moi la prétention de penser que je peux faire le travail d’un gouvernement ou d’une municipalité. En tant que citoyen actif, mon rôle est d’exprimer le clairement possible les orientations que j’aimerais voir prises dans la société et espérer que des personnes capables d’en juger et de les mettre en action adoptent ces points de vue. Le jour où je voudrai mettre moi-même les choses en action, je me présenterai en politique.

Cette perspective individuelle de commentateur et d’idéateur peut m’amener à ne pas être réaliste ou à me laisser emporter par l’optimisme d’une nouvelle idée. S’il-vous-plaît, ne m’en tenez pas rigueur. De grâce, corrigez-moi lorsque j’erre.

Aussi, je me suis fixé une limite assez contraignante dans ce blogue. Arbitrairement, j’ai choisi de me limiter à des billets de 500 mots. À date, tous mes billets étaient à moins de 5 mots de cette limite et j’aurais eu envie d’en dire bien plus. Ainsi, je dois et je devrai parfois faire l’économie de quelques explications ou un raccourci pour passer d’une idée à l’autre. Si c’est le cas, vous pourrez soulever ces raccourcis ou souligner les points qui auraient pu être mieux expliqués dans la section « commentaires » des billets. J’essaierai d’y répondre le plus clairement possible.

C’est vraiment un plaisir de discuter avec vous, de vous proposer mes réflexions et de voir qu’elles soulèvent en vous l’envie de participer au débat public. Continuez!

500, 499, 498, … Lancement!

Dans presque tous mes soupers de famille; souvent lorsque je discute avec des collègues pendant l’heure du dîner; avec mes amis; sur Twitter; sur Facebook; je discute politique de façon passionnée. Un jour, une de mes tantes me disait: « Tu t’intéresses à la politique? Tu voudrais peut-être y jouer? Tu devrais commencer par coucher sur papier ta pensée. » J’accepte le défi. Cependant, le papier c’est dépassé (affirmation grosse et gratuite, je sais) et c’est anonyme. Pourquoi ne pas le faire dans un blogue et tester mes idées? Pourquoi ne pas en faire un vrai débat avec des vraies personnes?

Certains diraient que je prends un risque en parlant publiquement de politique. Ce blogue restera probablement toujours sur Internet et je risque d’y rencontrer des personnes hostiles. J’accepte le risque pour l’avantage qu’il m’apporte: pouvoir parler d’une chose qui me passionne et partager cette passion avec d’autres. Argumenter, participer au débat public, réfléchir sur ce qui existe actuellement, utiliser son sens critique, proposer des idées, réagir à l’actualité, décortiquer les actions, autant de choses que j’aimerais faire dans ce blogue.

Pourquoi en 500 mots? Parce que. J’ai tendance à écrire trop, ne pas synthétiser et oublier d’aller à l’essentiel. Je me donne donc un défi: présenter des idées concrètes, expliquer des réflexions complètes à l’intérieur de billets de 500 mots et moins. Économie pour le lecteur qui n’a certainement pas beaucoup plus de temps à m’accorder et exercice de synthèse pour moi. Autre avantage: laisser la place à la discussion dans les commentaires. Pour qu’une réflexion politique soit utile, il faut qu’elle soit lue, critiquée et discutée. Humblement, c’est ce que j’aimerais créer ici, peut-être.

Est-ce ici un manifeste politique? Non, plutôt un endroit de réflexion public. Je ne suis pas associé à des partis politiques, je ne suis qu’un citoyen engagé qui veut vivre dans un monde où les gens sont actifs dans la sphère publique et ne se gênent pas pour s’y exprimer. Il aussi important de dire que ce blogue n’est que l’expression de mes idées. Elles n’impliquent que moi et n’ont pas la prétention de parler pour personne d’autre.

On notera aussi que dans l’ordre du plus rapproché au plus éloigné, je suis citoyen de la Ville de Québec, de la province de Québec, du Canada et du monde. Ainsi, les réflexions que je proposerai ici porteront probablement  et principalement sur ces espaces géographiques. Cependant, j’en dévierai surement parfois pour commenter sur d’autres sujets.

Alors, Internet, je t’offre humblement le fruit de ma pensée. Tu penses que c’est une bonne chose? Dis-le moi dans les commentaires.