Réduire l’admission pour améliorer les résultats

Je lisais ce matin une chronique de Mario Asselin, du Journal de Québec, dans laquelle il expliquait qu’au-delà des résultats qui peuvent sembler catastrophiques aux tests de maîtrise de la langue française des candidats à la profession enseignante, il y a grave problème après la réussite du test quand vient le temps d’entrer réellement dans la profession. Précarité, gestion des relations humaines très complexe, conditions de travail exigeantes, manque de reconnaissance sociale, autant d’enjeux qui causent maints abandons chez nos profs de la relève dans les premières années de carrière.

Si on peut se désoler de ce constat, il faut aussi chercher les causes de ces difficultés. À mon avis, une partie du problème vient d’une trop grande admission de candidats à la profession dans nos universités et une trop faible exigence de performance pour la délivrance des diplômes. En ajoutant toujours plus d’enseignants qui n’ont pas été sélectionnés pour leurs grandes capacités, on dilue la valeur du pool de candidats potentiels et ne crée aucune rareté dans la profession.

De plus, étant donné cela et la structure actuelle de l’emploi dans la profession, il n’y aucune façon de favoriser les meilleurs enseignants une fois qu’ils sont entrés dans le système. Essentiellement, c’est l’ancienneté qui détermine qui occupera quel poste, peu importe la qualité de l’enseignement. Peu motivant pour les bons candidats de se démarquer dans ce contexte, d’autant plus qu’ils sont perdus dans la masse quand vient le temps d’appliquer sur des emplois.

Sachant tout cela, il me paraît clair qu’une des solutions à ce problème serait d’augmenter les critères d’admission dans les baccalauréats en enseignement et les critères de diplomation à la fin du parcours. Ce faisant, on créerait une rareté dans le pool de candidats et on s’assurerait qu’il ne s’y trouve que les meilleurs futurs enseignants. On réduirait aussi la précarité étant donné que moins de candidats seraient disponibles pour occuper les postes à remplir.

Dans un contexte de coupes budgétaires dans les écoles, il apparaît aussi pour les personnes qui ont de l’expérience et qui ont le malheur de vouloir changer de situation (changer de commission scolaire ou passer du privé au public ou vice-versa) qu’ils sont désavantagés par rapport aux jeunes sortant des facultés. En effet, pourquoi choisir une personne qui a 10 ans d’ancienneté et qui coûtera 50 ou 60 mille dollars par année quand on a devant soi 1000 candidats frais sortis des universités qui coûteront la moitié du prix. Un choix économique sensé pour une école, mais qu’en est-il du côté de la qualité de l’enseignement?

Le problème fondamental est là: les principaux acteurs décisionnels de la profession n’ont pas avantage à ce que ça change. Les facultés d’éducation sont peu chères à maintenir (pas de laboratoires coûteux, facile d’employer des chargés de cours) et font beaucoup d’admissions; payant. Les jeunes fraîchement diplômés sont beaucoup moins coûteux pour les écoles et ne manquent pas. La seule instance capable d’agir semble donc être le gouvernement qui doit favoriser la qualité de l’enseignement plutôt que les économies.

Le vrai « vrai péché » du Dr Bolduc

Je lisais la chronique de Mario Asselin ce matin et je n’ai pas pu m’empêcher de me dire que le « vrai péché » qu’il identifie n’est pas le bon. Lorsque Yves Bolduc dit qu’il ne voit pas de problème dans le fait que les commissions scolaires québécoises coupent dans l’achat de livres pour leurs bibliothèques pour atteindre les objectifs de coupes budgétaires, il ne pèche pas par excès d’honnêteté en disant tout haut ce que pensent les Québécois moyens. Son péché est de faire une mauvaise analyse des enjeux qui existent dans la société, des économies réelles engendrées par les mesures proposées et des valeurs auxquelles il s’attaque en faisant de telles déclarations.

La chose la plus vraie qui a été dite dans tout ce débat, ce n’est pas non plus celle qui est soulignéepar Mario Asselin dans son second billet sur le sujet. La plus grande vérité est venue de la bouche du premier ministre Couillard lorsqu’il a dit : « Je pense qu’il y a d’autres choix à faire pour les commissions scolaires avant de toucher aux livres ».

Remarquons que les barres bleues sont beaucoup plus petites que les barres rouges qui leur sont associées...

Remarquons que les barres bleues sont beaucoup plus petites que les barres rouges qui leur sont associées…

J’ai regardé le budget de deux commissions scolaires pour répondre à une question qui m’a turlupiné toute la journée hier : quelle est la part du budget des commissions scolaires qui est allouée à l’achat de livres pour leurs bibliothèques. Je ne sais pas si ces deux commissions scolaires sont représentatives de l’ensemble du Québec, mais observons tout de même. À la Commission scolaire des Phares autour de Rimouski, en 2013-2014, 168 407 $ ont été dépensés dans les fournitures et matériel pour les bibliothèques (j’imagine que c’est là qu’on range l’achat de livres). Le budget de cette commission scolaire pour 2013-2014 : 112 494 589 $. Il s’agit donc de 0,15 % du budget annuel de l’organisation. À la Commission scolaire des Découvreurs à Québec, 42 840 $ figurent dans les coûts liés aux bibliothèques, excluant les salaires, sur un budget de 142 548 227 $. 0,03 % de leurs dépenses.

Bref, l’argent alloué à l’achat de matériel, si ces informations sont justes et détaillent effectivement l’achat de livres, est une part si marginale du budget des commissions scolaires que même leur coupe complète ne change absolument rien à l’état général des finances.

Dire qu’il est correct de couper dans l’achat de livres pour les bibliothèques de nos écoles pour éponger un déficit, c’est encourager les commissions scolaires à faire des économies de bout de chandelle dans des domaines qui ont une forte valeur ajoutée. La lecture est un élément essentiel de l’éducation et l’accès facile aux livres est une nécessité pour atteindre l’objectif de faire lire nos jeunes.

M. Bolduc aurait dû être plus intelligent. Il avait le devoir de répondre ce que le premier ministre a été obligé de dire pour venir éteindre le feu. Les organisations doivent chercher à réduire les dépenses, mais se doivent de faire des choix intelligents. Réduire l’accès aux livres n’en est pas un. Cependant, comme le souligne Asselin dans son texte, lier les bibliothèques scolaires aux bibliothèques municipales pour en rendre les services plus efficaces en serait un plutôt pertinent.

Mettre ses culottes pour assurer la qualité du système scolaire québécois

La rentrée aura bientôt lieu au Cégep Limoilou. Image: Pierre-Paul Beaumont, CC BY 2.0

Septembre arrive et la rentrée dans les écoles a généralement pour effet de redémarrer des débats autour des enjeux touchant le système d’éducation québécois. Aujourd’hui, ce sont les restrictions budgétaires dans les commissions scolaires et leurs dommages collatéraux qui font la manchette.

De mon côté, la rentrée est un moment de reconnexion et de rencontre avec les étudiants. Comme enseignant au niveau collégial, la fin août représente un moment de réflexion sur la session qui vient. Chaque année, un constat me revient et me choque. Comment se fait-il que je reçoive dans ma classe de cégep chaque mois d’août des étudiants qui peinent à lire, écrire et compter?

Peut-être ne le croirez-vous pas, mais je peux vous garantir qu’une partie importante de mes étudiants peine dans une ou plusieurs de ces trois sphères essentielles à la poursuite d’études postsecondaires. C’est consternant. J’ai vu des étudiants qui ne connaissaient pas leur table de multiplication. J’ai devant moi des étudiants qui ne savent pas lire des nombres à plus de 4 chiffres. Je corrige des copies d’examen de mathématique dans lesquelles je peine à lire une phrase sans faute, alors qu’il suffit généralement de reformuler les mots déjà écrits dans la question.

Chaque année, je suis ahuri par la faible capacité de mes étudiants dans les habiletés de base que forment la lecture, l’écriture et le calcul. À mon avis, c’est dû à un échec de notre système scolaire. Si poussés dans la direction de la diplomation à tout prix et l’implantation d’une réforme dont peu voulaient, on a oublié que l’essentiel de l’école ce n’était pas d’avoir une nation de diplômés illettrés, mais bien une société de personnes lettrées capables de prendre part à la société de l’information dans laquelle nous vivons.

Devant ce problème, quelle est la solution? Il faut que le ministère de l’Éducation mette ses culottes et délivre des diplômes d’éducation secondaire seulement aux personnes qui ont maîtrisé la lecture, l’écriture et le calcul. Pour ce faire, il faut créer un système scolaire dans lequel ce n’est pas l’âge de l’enfant qui détermine ce qu’il apprend, mais bien le niveau qu’il a atteint. Inutile d’apprendre l’algèbre à un enfant qui n’opère pas bien sûr le nombre, il ne réussira jamais à consolider ce savoir. Pire encore, il ne faut pas le faire passer à autre chose parce qu’il est trop vieux pour être en secondaire 2.

Il faut organiser les classes pour que les étudiants travaillent sur des choses à leur niveau et s’assurer qu’ils maîtrisent ces concepts avant de les faire passer au niveau suivant. Le diplôme d’études secondaires devrait être une garantie que l’étudiant qui le possède sait lire, écrire et compter. Une fois que cela sera assuré, les enseignements de niveau postsecondaire que je ferai auront un sens pour mes étudiants.